La Commune

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Paris 18 mars 1871 : la colère gronde. Les débuts de La Commune de Paris selon Armand Guerra, l'un des pionniers du cinéma militant.

Après la capitulation française face aux Prussiens en 1970 et la chute du Second Empire, Adolphe Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif du gouvernement de la République. Les Parisiens sont humiliés, la révolte populaire est imminente. Le 18 mars 1871, Thiers convoque le général Lecomte afin qu'il récupère les canons de Montmartre acquis pour défendre la capitale et conservés par la Garde nationale. Le peuple s'oppose aux troupes puis fraternise avec elles. C'est le début de l'insurrection : Thiers s'enfuit à Versailles ; les généraux Lecomte et Thomas sont exécutés. La Commune de Paris est proclamée dix jours plus tard et avec elle s'établit une organisation proche de l'autogestion pour gérer la ville.

La reconstitution historique terminée, le film se poursuit avec la présentation d'anciens communards et s'achève avec une banderole à la gloire de La Commune devant le mur des fédérés. En quelques secondes de documentaire, Guerra affirme son engagement de cinéaste militant.

Livret

La Commune évoque le gouvernement révolutionnaire qui mit bas la royauté en France le 10 août 1792. Après la défaite de Napoléon III face aux Prussiens, les Parisiens, bien que soulagés par la fin du siège et les pénuries alimentaires, se sentent trahis par l'Assemblée nouvellement élue, à dominante monarchiste et favorable à la paix. Les Parisiens ont supporté un siège très dur. Ils refusent que les troupes françaises récupèrent les canons de Paris et craignent que les Prussiens, entrés dans la ville, ne s'en emparent. L'épreuve de force commence entre royalistes, grands bourgeois et conservateurs provinciaux, retirés à Versailles, favorables à une paix rapide avec l'Allemagne, et la population parisienne, éprouvée, issue essentiellement des quartiers populaires de l'est parisien et majoritairement républicaine.

Restaurée par les Archives françaises du film cette reconstitution historique de La Commune est l'un des rares films produits par Le Cinéma du Peuple retrouvé par Henri Langlois (1914 - 1977). Fondée en octobre 1913 par un groupe d'anarchistes, cette coopérative ouvrière de production de films a pour vocation de montrer la misère prolétarienne. Elle préfigure, en outre, un cinéma militant incarné plus tard par le « Groupe Octobre » des années 30 et tous les collectifs cinématographiques gauchistes de la fin des années 60 et des années 70.

Cette même anné, la coopérative contacte José Estivalis Cabo alias Armand Guerra (1886 - 1939) pour lui proposer de tourner des films à caractère social. Assisté pour le scénario de Lucien Descaves (1861- 1949), Armand Guerra choisit un thème symbole des ardeurs partisanes pour son deuxième film et réalise La Commune. Le film reconstitue en plans fixes, alternant scènes intérieures et extérieures, l'épisode qui déclencha une période insurrectionnelle à Paris d'environ deux mois.

Malgré les derniers plans documentaires qui montrent d'anciens communards, le mur des fédérés et un drapeau avec l'inscription « Vive la Commune », le film reste assez étranger à la vocation militante du Cinéma du peuple. Sans véritable parti pris, « l'épisode historique choisi ne plaide pas vraiment en faveur des insurgés » comme le fait remarquer Laurent Mannoni*. Néanmoins, ce film privé de suite à cause de la guerre, marque une étape importante dans l'histoire du cinéma et ouvre, en outre, la voie au futur cinéma du Front populaire.

La Grande guerre met un terme définitif au Cinéma du Peuple qui produit en tout une douzaine de documentaires et de fictions. Le Vieux docker, autre film d'Armand Guerra, est la dernière production de la coopérative. Une version incomplète est conservée à la Cinémathèque française.

*Laurent Mannoni (directeur scientifique du patrimoine de la Cinémathèque française), dans « La persistance des images », Edition Cinémathèque française, Paris, 1996.

Ce film appartient aux collections de la CINEMATHEQUE FRANCAISE.