Magazines du cinéma

Ursula Meier

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C’est donc avec plaisir que nous l’accueillons dans les colonnes de Blow up pour un petit questionnaire cinéphile, non sans vous avoir remontrer la bande annonce de L’Enfant d’en haut, son dernier long métrage en date. 

 
 

 

Alors Ursula Meier, si vous deviez choisir…

Une scène d’ouverture…

Une des plus belles scènes d’ouverture que j’ai vue récemment est celle de There Will be blood de Paul Thomas Anderson. Tout le film y est contenu : l’histoire d’un homme, magistralement interprété par Daniel Day-Lewis, qui va au plus profond de la terre et en ramène au prix d’une souffrance dépassant toute mesure, ce qui à la fois le rendra riche et causera sa perte. Cet homme fait l'expérience d'être allé si profond dans la terre - métaphore de l'âme humaine - qu’il atteint un point de non retour.

 

Une performance d’acteurs…

Isabelle Huppert dans La Pianiste de Michael Haneke. Elle lâche tout, rien ne la freine, ni le ridicule, ni la laideur. Un rôle qui n’est au fond pas si éloigné d’un de ses premiers rôles dans lequel elle est tout aussi impressionnante : La Dentellière de Claude Goretta.

 

 

Une voix…

La voix d'Anna Magnani dans L’Amore de Roberto Rossellini. La chose folle dans ce film c'est que sa voix nous en fait entendre une autre : un hors champ sonore qui serait la réponse supposée de l’autre. Une voix sans son.

 

 

 

Une bande originale…

La musique de Mica Levi pour le sublime film Under the Skin de Jonathan Glazer. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas entendu une musique de film aussi puissante, organique, mentale, une musique qui vient de je ne sais où… littéralement « extra » terrestre.

 

 

Une danse…

Dans Madame de… de Max Ophüls. Une jeune femme coquette et futile connaît la passion amoureuse qui la métamorphosera, faisant d'elle une femme au destin tragique. La passion se développe et s'amplifie au cours d'une semaine d'absence du mari. Le dernier soir, les deux amants dansent jusqu'à épuisement. Cette scène marque le basculement de l'histoire d'amour – le lent désamour de l'amant, la folie amoureuse de Madame de - tout en étant le paroxysme de la passion. L'amour s'y consume, laissant chacun métamorphosé.

 

Une réplique…

La dernière phrase d’Un condamné à mort s'est échappé de Robert Bresson, si drôle, inattendue, légère. Deux prisonniers s'échappent. Une fois dehors, en pleine nuit, sur le chemin de la liberté, l'un des deux dit à l'autre "Si ma mère me voyait!". Ce sont les films de Robert Bresson qui m’ont donné envie de faire du cinéma et cette réplique me fait aujourd’hui regarder ses films autrement, avec plus de légèreté.

 

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