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Stéphane Brizé

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Alors, quelle est la cinéphilie de Stéphane Brizé ? Réponse en 20 questions, non sans vous avoir montré en guise de préambule la bande annonce, impressionnante, d’En guerre.

 

Une scène d'ouverture…

Apocalypse now. Le plan large de la jungle presque paisible, le son au ralenti des pales d'un hélicoptère et la musique des Doors qui s'élève. Et soudain la jungle qui s'embrase sous l'effet du napalm. La douceur de la voix de Jim Morrison alors qu'il chante This is the end, c'est immédiatement de l'immense cinéma, la perfection de ces lignes d'écritures qui se mêlent. La tragédie de notre humanité est posée. Le monde est là, sublime, harmonieux et l'homme surgit pour tout détruire. En fondu, la tête à l'envers, apparaît le visage d'un homme en très gros plan. Ces images de feu sont le cauchemar de cet homme allongé sur son lit. Le son stylisé des pales des hélicoptères devient le son des pales du ventilateur au plafond de la chambre. On sait que cet homme est hanté par la tragédie de la guerre. Voilà, la situation et l'état psychologique du personnage principal sont posés. C'est du génie. 

 

Une performance d'acteur…

Robert De Niro, Raging bull. C'est pas le fait de prendre 20 ou 30 kg qui m'impressionne, c'est la folie dans le regard de l'acteur. Il est à des niveaux de vérité absolue. Comment un acteur parvient à cet état de vide dans le regard ? C'est du documentaire.

 

Une voix…

Michael Lonsdale. Et pour donner à voir des images, dans un film génial en dyptique de Jean Eustache, Une sale histoire qui est pour moi la réflexion la plus troublante et la plus intelligente sur la représentation du vrai et du faux à l'écran.

 

Une bande originale…

En fait, c'est plusieurs bandes originales du même compositeur pour la même réalisatrice. Les musiques de Carlos d'Alesio pour les films de Duras. Cela ressemble à une seule et même bande originale d'ailleurs. Mélancolie absolue, l'histoire en notes d'une époque passée. Je connais d'ailleurs mieux les musiques que les films.

 

Une danse…

La danse de toute la famille dans la cuisine et la salle à manger le jour de l'anniversaire de la mère dans le film A bout de course (Running on Empty) de Sidney Lumet. C'est d'une tendresse et d'une émotion colossales. L'ado interprété par River Phoenix danse avec la jeune femme dont il est amoureux. Il ne s'est encore rien passé entre eux. Les parents du jeune homme sont les témoins respectueux de cet amour naissant. C'est un instant de grâce et d'émotion incroyables car il existe dans un contexte très particulier. C'est une famille en cavale depuis des années. 

 

Une réplique…

Benoît Poelvoorde dans C'est arrivé près de chez vous. Il est dans une voiture avec l'équipe de télé, il attend de pouvoir entrer chez quelqu'un pour commettre un meurtre, une jeune ado passe près du véhicule et il dit : "Regarde moi ça, dans 10 ans, cette petite garce sucera des bites comme sa mère. Tu imagines comme la nature est bien faite ! Et elle n'en sait rien encore." Comment on a l'audace d'écrire cela ? C'est la punkitude absolue. Chapeau !

 

Un générique de film…

Le Mépris. Parce que Godard a d'abord l'audace de reprendre les codes des génériques de Guitry qui a fait la même chose bien des années avant en citant ses collaborateurs en début de film. Mais bien au-delà de la référence, comme on voit un rail de travelling et une caméra qui filme une scène en se rapprochant de nous, Godard pourrait tout aussi bien être en train de nous dire en voix off le nom des personnes qui sont en train de fabriquer le film dont on voit le tournage. Le réel n'est alors peut-être que le cinéma. Puis la citation de Bazin "le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. Le Mépris est l'histoire de ce monde" avec l'objectif de la caméra qui se tourne vers nous.

Partir d'une référence au cinéma pour arriver à nous mettre en scène nous spectateurs en nous questionnant par le biais de cette citation et de cette caméra qui nous fixe, nous sommes là à des niveaux d'intelligence hallucinants. Inégalable.

 

Une affiche…

Mélancholia. Une mariée qui ne sourit pas mais qui n'est pas triste non plus. Un regard frondeur qui défie presque. Le mot "mélancolie" au-dessus écrit en typo Times. Une évidence et un mystère. J'ai immédiatement envie d'aller voir le film.

 

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