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"Z" de Costa-Gavras, à revoir pendant 7 jours

Rencontre avec Costa-Gavras

 

Négatif original numérisé en 4K et restauré image par image en 2K par Eclair Group et par LE Diapason pour le son. Restauration et étalonnage supervisés par Costa-Gavras.

Un député progressiste est assassiné dans un pays méditerranéen lors d’une manifestation pacifiste perturbée par des éléments provocateurs. Le juge d’instruction (Jean-Louis Trintignant, photo en tête de texte) s’occupant de l’enquête met en évidence dans ce crime, camouflé en accident d’ivrognes, la participation de l’armée et de la police. Mètre étalon de la « fiction de gauche » des années 70, réalisé à chaud en réaction au putsch des colonels à Athènes survenu en avril 1967 par un jeune réalisateur grec travaillant à Paris, d’après un roman de Vassilis Vassilikos Z obtint un immense succès international, suscitant l’admiration du tout Hollywood (le film obtint deux Oscars), alors que l’impérialisme américain est clairement désigné comme le coupable (in)direct des manœuvres illicites qui entravent la démocratie dans un pays imaginaire gouverné par l’extrême droite.

 

 

La raison de ce triomphe tient à la forme adoptée par Costa-Gavras, celle du thriller policier au rythme frénétique, un suspens mené tambour battant privilégiant l’efficacité au réalisme ou à l’analyse politique. Il faut souligner l’apport considérable de Raoul Coutard, génial directeur de la photographie de Godard et de la Nouvelle Vague qui met son style reportage et sa vitesse d’exécution au service du cinéma de genre, tandis que la monteuse Françoise Bonnot imagine de savantes compositions d’images tourbillonnantes entre passé et présent.

Cette virtuosité visuelle et narrative confère une énergie particulière à Z.

C’est une énergie du sud – le film fut tourné en Algérie qui accueillit les bras ouverts une production indépendante rendue possible par l’enthousiasme de Jacques Perrin, également acteur dans le film – la lumière crue du soleil contrastant avec les noirs desseins de figures grotesques de hauts fonctionnaires de la police, la justice et l’état.

Z est aussi traversé par des pulsions sadiques et sexuelles exacerbées par la chaleur méditerranéenne.

L’un des voyous fascistes commandités pour l’assassinat (Marcel Bozzuffi, dément) est une brute, un pédéraste violeur d’enfants tandis que sa victime (Yves Montand) est un homme à femmes, ancien athlète doté d’une résistance physique hors du commun. Cet univers de surchauffe viriloïde, qui déborde de testostérone, confère à Z un statut particulier dans le cinéma engagé de l’époque, où des auteurs comme Resnais (La guerre est finie) ou Cavalier (L’Insoumis) n’étaient pas du genre à foncer dans le tas avec violence. C’est ce que fait Costa-Gavras.

Sa charge est celle d’un homme en colère, révolté par la mise à mort d’un rêve de démocratie par la dictature, dans un pays, la Grèce, qui s’éveillait à la liberté. Plutôt que de dénoncer des coupables que l’on connaît déjà, Costa-Gavras les ridiculise en montrant à quel point ils étaient surtout stupides. Z est avant tout une satire de la bêtise humaine, avec le cortège de dangers et de désastres qui l’accompagnent.

Z sera également disponible en télévision de rattrapage pendant sept jours sur ARTE+7.

Olivier Père