cannes 2016

Une ascension fulgurante

Chacun ira de son plus beau baiser d’amour pour son film préféré, du portrait tragique et naturaliste taiwano-philippin embarqué sur cargo («Arnie») à l’errance étrange d’un jeune homme qui voulait faire l’amour avant de mourir («Le Soldat vierge»), en passant par la rêverie urbaine fantastique venue du Brésil («O délirio é a redençao dos aflitos») ou le très étrange et fascinant «Limbo» peuplé d’enfants perdus entre la vie et la mort. La qualité évidente de la sélection nous révèle des tempéraments et des personnalités différentes qui auront d’ailleurs l’opportunité de se développer en premier lieu au cours de la troisième édition du Labo de la Semaine, autrement appelé Next Step en décembre prochain. Et parmi eux, le jeune portugais Pedro Peralta, qui présentait son deuxième court métrage, «Ascensão». Bien sûr, pour définir son film court de 17 minutes, on pourrait arguer qu’il s’agit d’un exercice d’école. Deux plans séquences qui citeraient son Bresson ou son Tarkovski étudiés par coeur. Sauf que la magie opère, parce que les plans sont magnifiques, parce qu’on oublie presque totalement qu’il s’agit de cinéma au sens factice du terme (ce qui est toujours bon signe), et parce qu’il touche au coeur d’une métaphysique émotionnelle pour nous raconter un miracle: un homme qu’on croyait mort et qui revit, un homme qui sort d’un trou.

L’irruption. C’est souvent la plus belle chose au cinéma. L’irruption d’un corps dans un plan. Et celui-ci vient de nulle part. Il est sorti verticalement par un groupe de paysans avant d’être posé presque horizontalement et de se relever. Rester vertical une fois de plus. Même si c’est en vacillant un peu. Avec «Ascensão», Pedro Peralta filme le début de quelque chose, le commencement d’une histoire en même temps qu’un moment accompli, avec une grande précision du cadre, de ses discrets mouvement de caméra aussi bien que du son (vent, oiseaux, la nature qui s’éveille). On parie sur le réalisateur et on a hâte d’en découvrir plus pour taire cette appréhension que «Ascensão» ne soit pas seulement un petit miracle de cinéma.

Bernard Payen