La vie du court

Un lézard et deux ados

Décembre 2016 est un mois qui compte dans les liens unissant cinéma et jeu vidéo. "Assassin’s Creed" est le premier long métrage produit par Ubisoft Motion Pictures, adaptant les jeux vidéos du même nom dans un film au casting trois étoiles (Cotillard, Fassbender, Irons). Le film est signé Justin Kurzel, réalisateur australien auteur d’une très formaliste adaptation de Macbeth sortie l’an dernier sur les écrans et d’un polar saisissant ("Les Crimes de Snowtown", 2011).

Mais il faut remonter à mai 2005 pour trouver les premières traces cinématographiques de ce réalisateur australien discret. "Blue Tongue", présenté alors à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, était une fulgurance de presque 7 minutes, située dans un paysage de bout du monde. Deux adolescents se partageaient le film, véritable petit traité théorique à la Lev Koulechov orchestrant avec sensualité les atomes désirants d’un garçon, d’une fille et d’un lézard à langue bleue. En quelques plans d’une maturité sèche, filmant le garçon allongé, le saurien sur le ventre, et la fille, rondouillarde coquine armée d’un bâton de rouge à lèvres, Kurzel instaure un climat de tension presque mélancolique pour décrire le passage à l’âge adulte et ses désillusions.

Film de fin d’études, "Blue Tongue" reste le seul court métrage connu du cinéaste qui deviendra d’abord l’un des meilleurs réalisateurs de films publicitaires australiens, avant de revenir à Cannes avec Snowtown en 2011 pour amorcer ensuite la carrière qu’on connait.

Bernard Payen