Printemps du polar

"Un homme de trop" de Costa-Gavras - Lundi 13 mars à 20h50

En 1943, dans une France désormais entièrement livrée à l'occupant, douze résistants qui attendent leur exécution dans une petite ville auvergnate sont libérés par des frères d'armes à l'issue d'un âpre combat. Revenus victorieux à leur base, ils découvrent qu'un homme "de trop" s'est glissé parmi les douze rescapés. Traqués par les Allemands, ils ne savent que faire de cet inconnu…

Rencontre avec Costa-Gavras

 

L’air de rien, Costa-Gavras a bousculé le cinéma français des années 60 en y insufflant une inspiration nouvelle, nourrie à la fois par un savoir-faire hérité des maîtres anciens (Clouzot, Duvivier, Clément) et l’insolence de la jeunesse. Ni « cinéma de papa » ni « nouvelle vague », Compartiment tueurs et Un homme de trop sentent le désir de Costa-Gavras de mettre son talent de conteur et de technicien au service du cinéma de genre (polar, film de guerre), un peu à la manière de Philippe de Broca dans le registre de la comédie. Ce phantasme d’un cinéma de genre « à l’américaine » perdure encore aujourd’hui en France. Sauf que Compartiment tueurs et Un homme de trop sont des réussites dont les qualités et les caractéristiques se retrouveront dans les films dossiers et les thrillers politiques ultérieurs de Costa-Gavras, comme Z, L’Aveu ou Etat de siège.

Un homme de trop (1967) est l’adaptation d’un roman partiellement autobiographique de Jean-Pierre Chabrol sur un maquis des Cévennes pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce contexte historique offre à Costa-Gavras l’occasion de réaliser un vrai film d’aventures, dans des paysages naturels grandioses. La beauté de la nature, celle des acteurs aussi, et les moyens mis à la disposition du cinéaste n’ont rien à envier aux superproductions hollywoodiennes de l’époque. Mais Un homme de trop n’en devient pas pour autant une simple imitation des films de commandos tels que Les Canons de Navarone réalisés à la chaine en Europe dans les années 60. A la suite de Compartiment tueurs s’y affirme le style de Costa-Gavras, son goût pour les ensembles d’acteurs réunis autour d’une histoire forte, les mouvements complexes qui embrassent plusieurs actions simultanées, la vitesse du récit.

Le film montre le maquis comme un vaste terrain de jeux pour de jeunes hommes avides d’action et de liberté. Il écorne en cela le mythe officiel de la Résistance tel qu’il avait été érigé par le gaullisme après-guerre, et illustré au cinéma par Paris brûle-t-il ? un an plus tôt. Le public de l’époque n’était peut-être pas disposé à voir le maquis des Cévennes filmé comme un western. Costa-Gavras n’évacue pas pour autant l’idéologie.

Un homme de trop pose la question du non engagement en temps de guerre, à travers le personnage ambigu interprété par Piccoli, libéré par erreur par un groupe de résistants. Le dernier plan du film illustre l’idée d’une position intenable, de l’impasse intellectuelle et morale où conduit l’indifférence ou le refus à participer au combat contre le nazisme.


Olivier Père

-------

Trois bonnes raisons de voir "Un homme de trop"

 

 

En DVD Costa-Gavras - L'intégrale volume 1

 

Générique

Réalisation :Costa-Gavras

Scénario :Costa-Gavras, Daniel Boulanger

Auteur :Jean-Pierre Chabrol

Image :Jean Tournier

Montage :Christian Gaudin

Musique :Michel Magne

Production :Les Productions Artistes Associés, Terra Film, Sol Produzione

Producteur/-trice :Costa-Gavras

Avec : Jean-Claude Brialy
Bruno Cremer
Jacques Perrin
Claude Brasseur
Gérard Blain

Pays :France, Italie

Année :1967