Sources et références de Kung Fury

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Après une campagne de crowdfunding sur Kickstarter qui avait remporté un franc succès en dépassant les objectifs fixés, le film, réalisé par le suédois David Sandberg, sort en avant-première, online uniquement, le 28 mai 2015. Le triomphe est tel que le film se retrouve catapulté au festival de Cannes pour la Quinzaine des réalisateurs et que le nombre de vues sur la célèbre plateforme de partage de vidéos atteint aujourd’hui les 24 800 000 vues.

Une partie du succès est grandement attribuable au fait que le court-métrage fait résonner en chaque personne ayant grandi avec la télé dans les années 80 une nostalgie enjouée, grâce à la générosité de son auteur.

La recette est imparable. On se retrouve pris en otage, obligé d’apprécier ce gros gâteau à la crème dégoulinant de références et de clins d’œil. Vous en reprendrez bien une part ?

Alors pourquoi ne pas enfiler un Power Glove et monter sur un clavier Microbee pour un voyage dans le temps direction Miami 1985, afin de découvrir ou de redécouvrir les principales sources d’inspiration de David Sandberg et de pouvoir apprécier ce Kung Fury dans toute sa splendeur bis ?

Dès les premiers instants, on plonge dans l’ambiance grâce au logo de la compagnie de production : Laser Unicorns (la licorne laser).
Il apparait fièrement dans toute sa splendeur rétro, citant un style cher aux dessins animés des années 80 tels que les Cosmocats ou encore SilverHawks.
Un liseré de lumière électrique parcourt une police chromée pour terminer en un éclat chatoyant prenant la forme d’une croix, émis depuis l’œil d’un animal mythique.
Cette police était à l’époque omniprésente. Que ce soit dans la musique (principalement le hard rock), dans les  jeux vidéo, à la télé, dans la publicité ou encore au cinéma.

Le choix du nom (Laser Unicorns) n’est pas anodin non plus. Star Wars est sorti en 1977 et laisse derrière lui des enfants traumatisés par ces rayons de mort lumineux. A partir de ce moment, le laser sera synonyme de futur et d’aventure. Le Disco-vision, sorti à la fin des années 70, devient le Laserdisc, et une ribambelle de producteurs peu scrupuleux cherche à recycler la formule espace / laser pour surfer sur le filon de la franchise de Georges Lucas tandis que les photos de classe se transforment en champ de bataille intergalactique.

La licorne est également à l’honneur durant toute cette période. Grâce à elle, les petites filles aussi peuvent passer à l’attaque. She-Ra, la sœur jumelle de Musclor, chevauche un modèle tuné avec des ailes et les Petits Poneys de chez Hasbro se déclinent en petites licornes.
Le mythique équidé aura même le droit à son long-métrage avec La Dernière Licorne, tandis que Ridley Scott l’immortalisera en chair et en os par deux fois, dans Legend puis dans Blade Runner.


A l’issu de ce crédit, le spectateur est donc déjà mis dans de bonnes conditions pour entamer son voyage régressif. La destination de ce voyage ? La Floride du sud, ou, plus précisément, Miami, 1985.
Depuis les années 80, grâce à Deux flics à Miami et au Scarface de De Palma la « magic city » bénéficie d’un statut de ville culte dans l’imaginaire de la pop culture. Le choix de l’année s’explique quant à lui par le nombre de films cultes sortis en 1985. On pourra citer, entre autres, Les Goonies, Breakfast Club, Brazil, Rambo 2 et surtout Retour vers le futur.

Apres un plan aérien sur une ville en flammes qui pourrait rappeler celui qui ouvrait Blade Runner, on se retrouve nez à nez avec trois malandrins dont le look nous évoque celui des sauvages qui peuplaient les rues de New York, que cela soit dans les Guerriers de la nuit de Walter Hill de 1979 ou dans les Guerriers du Bronx de Enzo G. Castellari en 1982.

La débauche de violence gratuite à laquelle on peut assister ensuite fait directement écho à la scène d’ouverture de Robocop 2, dans laquelle la quasi-totalité des infractions figurant au code pénal étaient illustrées par l’exemple en moins de 5 minutes.

Un meurtre de policier plus tard, la camera se fige devant une salle d’arcade, citant au plan près le Tron de 1982. Un homme arborant un T-shirt Gold’s Gym, la salle de sport  dans laquelle Shwarzi poussait de la fonte, se fait voler à coup de Uzi son Ghetto blaster, objet culte de la culture Hip-Hop de l’époque. On peut voir en arrière-plan un figurant portant le même costume que celui de Sonny Crockett dans Miami Vice.

La salle d’arcade, figure imposée du teen movie eighties, fait forcement la part belle au retro gaming et Galaga, Track and Field et Donkey Kong sont évidemment de la partie.

Un des joueurs présents rend hommage à Mr T et à ses chaînes en or juste avant de mourir, occis par une borne souffrant du syndrome du robot mutant, nous rappelant au passage qu’à cette période, deux franchises s’affrontaient dans la course aux machines métamorphes : d’un côté Hasbro et ses Transformers, de l’autre Tonka et ses Gobots.

C’est à ce moment que les autorités décident de faire appel à notre valeureux héros. Ce dernier habite dans une pagode située sur le toit d’un immeuble et décorée dans le plus pur style néo-oriental qui faisait fureur à l’époque chez les lecteurs de karaté bushido.

Il est blanc mais il est expert en arts martiaux, ce qui fait de lui le digne héritier d’une longue lignée de ninjas gaijins, mais son inexpressivité le rapproche surtout de Michael Dudikoff dans American Ninja et de Matt Hanon dans le nanar Samurai Cop. Il s’exprime de la même manière que le Snake Plissken de New York 1997 et son accoutrement est un patchwork des différents attributs du mâle vengeur qui se déchainait sur le grand écran à l’époque.

Le jean est bien sûr de rigueur, ainsi que le blouson en cuir aux manches retroussées. A cela viennent s’ajouter un t-shirt rouge façon Last Action hero, des gants en cuir rappelant ceux de Sylvester Stallone dans Cobra, une paire de Ray-ban Wayfarer (modèle qui faisait fureur durant la décennie) chère au Tom Cruise de Risky Business et encore une fois, au Don Johnson de Deux flics à Miami, et bien sûr un bandeau, signe qu’il va y avoir bagarre et que l’on retrouve dans Rambo 2, Karate kid, Portés disparus et évidemment dans le jeu vidéo Street fighter 2.

Sa voiture est un bolide de luxe (Miami Vice encore) rouge que n’aurait pas renié Thomas Magnum, et lorsqu’il achève un de ses ennemis, il n’oublie pas les leçons de papy Arnie et délivre toujours une punchline bien sentie, comme il était de coutume en ces temps. Il ne fera bien sûr qu’une bouchée de cette machine de mort qu’il terrassera devant une lune pleine lors d’un clin d’œil appuyé au film E.T, sur fond de musique retrowave. Cette dernière s’inspire principalement des compositions de John Carpenter, de Tangerine Dream ainsi que celles qui fleurissaient dans les jeux video à cette période.

Lors d’un flashback retraçant ses origines, on apprend qu’il a obtenu ses pouvoirs car il était l’élu, tout comme Eddie Murphy dans Golden Child l’enfant du Tibet ou Bruce Leroy dans The last Dragon. Cela lui permettra, entre autres, de regarder ses ennemis brûler tout en effectuant en toute décontraction un grand écart à la mode JCVD. Classe.

Le générique est un agrégé de différents styles de l’époque. Certains plans sont des copiés/collés de ceux figurant dans le générique de Deux flics à Miami (décidément…), tandis que d’autres imitent les traditionnelles scènes d’entrainements sur fond de soleil couchant que l’on peut trouver dans Karate Kid ou dans Kickboxer.

L’intrigue principale peut commencer. Au milieu d’une ruelle sombre, le führer se téléporte tel un Terminator, les vêtements en plus, pendant que le Kung Fury subit la traditionnelle volée de bois vert de la part d’un commissaire grande gueule dans la droite lignée du Capitaine Dobey de Starsky et Hutch, de l’inspecteur Todd du Flic de Beverly Hills ou encore de Haden dans 48Heures.

 Ce dernier veut le forcer à faire équipe avec un nouveau partenaire en la personne de Tricera Cop, un être mi-dinosaure, mi-flic que l’on croirait tout droit sorti de l’esprit d’un enfant de 5 ans comme c’est le cas dans la bande dessinée Axe cop, où le héros fait équipe avec Dinosaur soldier. On retrouve le même schéma  dans Theodore Rex et dans la sitcom Dinosaurs, où l’on voit les personnages regarder une série intitulée Tricera Cops – sauf qu’ici, les scénaristes n’ont pas 5 ans…  

La déconvenue de notre personnage principal sera encore plus grande lorsque le führer, toujours dans son rôle de T-800, décidera de décimer la population du commissariat par téléphone interposé. Kung Fury rencontre alors une autre figure emblématique des films des années 80 : le hacker.  Ce dernier répond au nom très à propos de « Hackerman » et porte une des pires choses qui soit née durant cette période : une coupe mullet.

Le personnage du pirate informatique, apparu en même temps que les premiers ordinateurs de salon, est vite devenu au cinéma synonyme de technologie à moindre coût. Dans Wargames, il peut déclencher une guerre nucléaire mondiale depuis sa chambre et dans Cloak and Dagger il trouve le moyen de décoder des dossiers secrets de l’armée depuis l’arrière-boutique d’une boutique de jeux vidéo tandis que dans Tron, il se retrouve pris au piège dans un ordinateur. Dans Kung Fury, un pas est encore franchi puisque Hackerman possède les capacités permettant de faire voyager notre protagoniste à travers le temps. Et ce grâce au Power Glove.

Ancêtre de la Wiimote, cet accessoire pour jeux vidéo au fonctionnement hiératique, avait rendu fous les kids de la génération X qui l’avaient découvert au cinéma dans le film Videokid. Avec l’aide de ce gadget et d’un clavier Microbee, Kung Fury pourra donc voyager dans le temps à travers un ordinateur. Visuellement, le voyage puise encore dans une esthétique au charme suranné en mettant en scène une grid (grille) aux couleurs néon, évoquant encore une fois l’univers de Tron. Cette grille représentait, à l’instar des lasers cités plus haut, un des symboles du futur, utilisé pour souligner la modernité d’un concept, d’un produit ou d’une œuvre, et on la retrouve aujourd’hui de manière systématique dans les visuels qui cherchent à retrouver cet esprit d’antan.

Après cet épisode rétro futuriste, notre héros se retrouve à l’époque des vikings armés de mitrailleuses, où les collines sont habitées par des raptors lasers. De l’aveu même du réalisateur, les plans vus du ciel sont directement inspirés de Highlander et de Conan le barbare. Et cela se vérifie encore une fois lorsque l’héroïne nommée Barbariana fait son entrée. Son nom s’affiche dans la même typo que celle du célèbre cimmérien sauf qu’en lieu et place du glaive qui transperçait les lettres, c’est une gatling qui fait son apparition. Serait-on en train de citer Predator ? De plus, on ne peut s’empêcher de penser à Princesse Mononoké  en voyant la jeune barbare, chevauchant un loup géant, le visage recouvert de peintures de guerre.

Vient ensuite un voyage à dos de Tyrannosaure rappelant à notre bon souvenir les heures passées devant le tube cathodique à visionner les aventures des Dino Riders, où une race d’aliens humanoïdes arrivait sur terre à l’ère jurassique pour se battre à califourchon sur des reptiles géants équipés de blasters lasers.

C’est alors au tour du dieu nordique Thor de faire son apparition. Ce dernier apparait sous la forme d’un titan au milieu d’une étendue d’eau, exactement comme son homologue grec, le dieu Triton dans le film Jason et les Argonautes de 1963. Malgré une certaine solennité dans la scène, la galéjade demeure puisque le dieu du tonnerre n’hésite pas à citer MC Hammer lorsqu’il tente de renvoyer le héros à l’époque de l’Allemagne nazie.

Avant de quitter l’âge des vikings, Kung Fury ne manquera pas de laisser son 06 ou plutôt son 555 (qui est en fait le numéro du Doc dans Retour vers le futur), ce qui aura pour effet d’entraîner une pause pub vantant les mérites du téléphone personnel transportable en respectant le style parfaitement désuet.

C’est donc reparti comme en 40 (c’est le cas de le dire). Le flic du futur distribue des coups de tatanes en mode scrolling horizontal, comme c’était la règle dans les beat them all d’antan. On pense bien sûr au Final Fight de Capcom, au Street of Rage de Sega (le jeu tiré du film Kung Fury porte d’ailleurs le sous-titre de « Street rage ») et enfin à Mortal Kombat lorsque le policier imite Sub-Zero en arrachant la colonne vertébrale d’un de ses ennemis.

Notre maitre en arts martiaux tombera malheureusement sous les balles du führer quelques instants avant que ne débarque à la rescousse sa bande de potes venus pour le sauver. Hackerman se transforme en robot géant façon mecha et Triceracop joue les Robocop en visant les parties génitales de ses assaillants.

Pendant ce temps, l’élu prend la direction du paradis lors d’un trip animé dont le début reprend plan par plan le générique d’ouverture du dessin animé M.A.S.K. Il rencontrera alors son animal spirituel en la personne d’un cobra (une référence à la fois au film de Stallone, mais aussi au grand vilain de G.I Joe). Ce dernier se déplace sur un jet ski volant faisant penser au modèle favori de Flash Gordon, ainsi qu’au jet sled de Musclor.

Finalement, tout est bien qui finit bien. Kung Fury est sauvé de la mort et il nous gratifie même d’une punchline déclenchant le traditionnel fou rire général parmi ses collègues, comme il était de mise à la fin des épisodes des séries depuis la fin des années 70.

Cerise sur le gâteau, le court-métrage se paye le luxe de faire intervenir David Hasselhoff lors d’un double clin d’œil. Ce dernier interprète la voix du véhicule du héros (ainsi que la chanson titre), en hommage à la série K-2000 et son nom de modèle, Hoff 9000, est inspiré de l’ordinateur récalcitrant Hal 9000 de 2001 l’odyssée de l’espace.

Nous terminons donc repus devant le spectacle offert généreusement par David Sandberg et son équipe, en croisant les doigts pour que son projet de long–métrage voie le jour. Cela serait totalement légitime étant donné le succès qu’avaient pu remporter des films basés sur le même concept rigolo-nostalgique tels que Black Dynamite, se déroulant dans l’univers de la Blaxploitaion, ou encore Turbo Kid, dans un univers post apocalyptique very eighties donnant une fois de plus la part belle au Power Glove.

Nicolas WAN

En cadeau bonus : un petit florilège de génériques de séries fantastiques de l’époque.