Printemps du polar

"Quatre nuits avec Anna" de Jerzy Skolimowski - Mercredi 15 mars à 23h20

Enfant terrible du cinéma polonais des années 60, Skolimowski en fut aussi son mauvais coucheur et son perdant magnifique. Il n’en a pas moins signé dans son pays natal, puis en Angleterre et même en Belgique et aux Etats-Unis des films géniaux, souvent en contrebande, au gré d’une carrière chaotique et apatride. On l’avait perdu de vue après l'échec de son adaptation de Ferdydurke de Gombrowicz. Retiré dans sa résidence à Malibu, il se consacrait à la peinture et faisait l’acteur dans quelques films américains.

Après une éclipse de dix-sept ans derrière la caméra, Quatre Nuits avec Anna marque en 2008 un double retour en force pour Skolimowski : retour au cinéma et retour en Pologne. Skolimowski aime les personnages obsessionnels, voyeurs ou monomaniaques, mus par une attirance morbide pour le sexe opposé. Cela se confirme dans ce nouveau film polonais – Haut les mains remontait à 1981 – placé sous le signe du cauchemar, cousin malcommode de Deep End ou du Cri du sorcier. Cette histoire d’amour et de violence, dans un cadre oppressant (un petit village fantôme au fin fond de la campagne polonaise) apparaît comme une épure presque zen de l’art de Skolimowski, un geste artistique aussi radical que foudroyant.
La mise en scène organise avec une maîtrise impressionnante les déplacements très chorégraphiés et silencieux – le film ne contient que très peu de dialogues – de son personnage principal, un homme simple, obsédé par une infirmière au point de s’infiltrer la nuit dans son appartement pour la regarder dormir.
Le film dévoile peu à peu ses terrifiants secrets, avec des retours en arrière qui révèlent le lien brutal qui unit à distance ces deux êtres solitaires – une sombre affaire de viol, d’erreur judiciaire et de persécution. On ne sait dans quel recoin de son âme Skolimowski est allé chercher un argument aussi noir, écrit avec sa compagne et collaboratrice Ewa Piaskowska.

Le film ménage cependant plusieurs moments de burlesque à froid, portés par la gestuelle de pantomime de son acteur principal Artur Steranko . Le retour au pays natal inspire au cinéaste boxeur de sombres ruminations, avec la description d’un enfer sur terre, entre désespoir boueux et totalitarisme sans horizon. Y surnage un sentiment amoureux d’une grande pureté, indestructible et vécu jusqu’à la folie.


Olivier Père

Générique

Scénario :Jerzy Skolimowski, Ewa Piaskowska

Image :Adam Sikora

Montage :Cezary Grzesiuk

Musique :Michal Lorenc

Production :Alfama Films, Skopia Film

Producteur/-trice :Jerzy Skolimowski, Paulo Branco

Réalisation :Jerzy Skolimowski

 

Avec : Artur Steranko
Kinga Preis
Redbad Klijnstra
Jerzy Fedorowicz
Barbara Kolodziejska
Jakub Snochowski
Anna Lenartowicz

Pays :France, Pologne

Année :2008