L'actu du festival

Palme d'honneur à Agnès Varda

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Palme d'honneur : rencontre avec Agnès Varda par Olivier Père
Palme d'honneur : rencontre avec Agnès Varda par Olivier Père Palme d'honneur : rencontre avec Agnès Varda par Olivier Père Palme d'honneur : rencontre avec Agnès Varda par Olivier Père

Agnès Varda reçoit lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes une Palme d’or d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, après Woody Allen, Clint Eastwood et Bernardo Bertolucci.
Une nouvelle occasion pour saluer l’importance dans l’histoire du cinéma (français, mais pas seulement) de celle qui se plaît à dire qu’elle a connu trois existences successives : celles de photographe, de cinéaste puis d’artiste plasticienne. Mais n’a-t-elle pas toujours été les trois à la fois, tant certains de ses films, y compris et surtout les premiers, apparaissent déjà comme des projets artistiques dépassant le stade strict du cinéma, brouillant les frontières entre fiction et documentaire et lorgnant vers l’installation quand ce mot n’existait pas encore ?


Agnès Varda est d’abord photographe pour le Théâtre National Populaire de Jean Vilar. En 1955 elle réalise son premier long métrage La Pointe-Courte, rencontre originale entre une approche semi documentaire et un goût du formalisme, quelque part entre Rossellini et Resnais (qui signe d’ailleurs le montage du film.) La Pointe-Courte est l’un des premiers films « modernes » du cinéma français et ouvre la voie vers plus de liberté et d’invention, tant en ce qui concerne l’écriture que les conditions de tournage. C’est avec son film suivant qu’Agnès Varda obtient son premier grand succès critique et commercial et acquiert une renommée internationale bien méritée. Cléo de 5 à 7 (1962) présenté au Festival de Cannes est en effet l’un des plus beaux films français des années 60, ballade dans Paris à la manière des surréalistes (l’ombre accompagnatrice du Nadja d’André Breton), émouvant portrait de femme (superbe Corinne Marchand) et poème sur la beauté qui voisine avec la mort.

Les Créatures (1966), considéré comme un ratage, est une étonnante incursion dans la science-fiction avec Michel Piccoli et Catherine Deneuve, sorte de compagnon imaginaire de La Jetée de Chris Marker et de Je t’aime, je t’aime de Alain Resnais.


Lions Love (1969) tourné à Los Angeles est un essai sur le mouvement hippie et les réflexions warholiennes sur la célébrité et les médias. Le film est daté mais les plus belles parties concernent les visions documentaires du Los Angeles de l’époque dont sont tombés amoureux Varda et Jacques Demy, brièvement installés à Hollywood après le triomphe des Parapluies de Cherbourg. Lions Love est un titre contemporain et frère (épouse ? sœur ?) du génial Model Shop de Jacques Demy tourné dans la Cité des Anges.

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Sandrine Bonnaire et Agnès Varda sur le tournage de Sans toit ni loi


De retour à Paris après cet intermède américain Varda réalise le réussi L’une chante, l’autre pas (1977) qui prend pour toile de fond le féminisme. C’est l’histoire d’amitié de deux femmes aux personnalités très différentes sur plusieurs années. Le film dégage une profonde mélancolie et surprend par sa structure épistolaire, assez rare au cinéma pour être signalée, avec aussi une incartade inattendue en Iran. Le film accompagne le combat des femmes dans la société française mais ne peut se réduire à une démarche militante. Le dernier plan montre une jeune femme regardant la camera : c’est Rosalie Varda, la fille d’Agnès.


Kung-fu master (1988) est un film émouvant et trop méconnu qui résume à lui seul toutes les qualités du cinéma de Varda, celles qu’on trouvait déjà dans Cléo de 5 à 7 : une histoire qui s’attaque à un tabou (ici l’amour entre une femme de quarante ans et un adolescent), un contexte sociologique et historique (l’arrivée du sida évoquée dans les dialogues, maladie dont devait mourir Jacques Demy en 1990), une vision documentaire et poétique de Paris (Le Trianon dans le 18ième, l’arrivée des consoles de jeux vidéo dans les cafés), un portrait de femme qui mélange la fiction et la réalité (les filles de Jane Birkin sont ses propres enfants, Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon, ses parents jouent eux aussi leurs propres rôles, le jeune garçon est interprété par Mathieu Demy, fils d’Agnès Varda et de Jacques Demy.)


Et puis il y a bien sûr deux grands films d’Agnès Varda qui nous accompagnent depuis des années, Le Bonheur (1965) et Sans toit ni loi (1985), ses fameux documentaires comme Les Glaneurs et la Glaneuse ou les trois consacrés à Jacques Demy et son dernier essai Les Plages d’Agnès, collage où l’œuvre et la vie, le travail et l’amour, soi et les autres se mélangent, comme toujours dans son cinéma.