Orson Welles - Autopsie d'une légende

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Enfant prodige – "Dès que j'ai pu entendre, tout le monde me disait que j'étais absolument merveilleux" –, Orson Welles a connu précocement les vertiges de la gloire : la célébrité phénoménale à 23 ans avec son coup de maître, la pièce radiophonique La guerre des mondes, puis la consécration trois ans plus tard avec Citizen Kane, qui réinventait le langage cinématographique. "J'ai commencé au sommet et après, je n'ai fait que descendre", répétait dans un rire étouffé par la fumée de son cigare ce génie habité par la chute. Précocement initié à Shakespeare par une mère disparue quand il avait 9 ans, ce "géant au regard enfantin", selon Cocteau, semble tout droit sorti d'une de ses œuvres. Acteur protéiforme, metteur en scène de théâtre iconoclaste, cinéaste, ogre magicien, il a enchaîné les chefs-d'œuvre comme on sort des lapins d'un chapeau. Un monstre flamboyant, inquiétant, mégalomane et obstinément maudit, créateur empêché et enfermé dans sa propre légende : "J'ai passé 2 % de ma vie à faire des films et 98 % à taper des gens pour les réaliser", disait ce créateur hors norme, a fortiori à Hollywood.

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De triomphes en exils

Dans ce voyage entre ombres et lumières à travers le labyrinthe de sa vie, Élisabeth Kapnist part en quête de l'homme derrière le mythe, en ayant conscience que "le secret des êtres reste toujours inaccessible". Au-delà de la filmographie, de La dame de Shanghai, fruit de ses amours déchues avec Rita Hayworth, à Falstaff, le film fétiche de Welles en forme d'autoportrait, en passant par La soif du mal, cette Autopsie d'une légende tente de saisir les multiples reflets de l'ogre dans le miroir. De ses triomphes à ses exils européens, le film emprunte des chemins de traverse, avec quelques délicieuses séquences, comme ce très cinématographique dîner-confession avec Jeanne Moreau, ou encore cet extrait d'un Macbeth plein d'audace, mis en scène à Harlem avec des comédiens noirs. Une formidable invitation à se replonger dans l'œuvre, sur les pas de son créateur.

Générique
Réalisation: Elisabeth Kapnist

Origine : ARTE F
Année : 2014
Disponible en direct
Son : Stereo
Image : HD, 16/9
Arte+7: 28.09-06.10.2015