Cannes 2016

Nouveau genre dans le cinéma roumain : Bogdan Mirica

On citera pour mémoire une Caméra d’or obtenue par Corneliu Porumboiu en 2006 avec «12H08 à l’Est de Bucarest» ou encore la Palme d’or décernée à «4 mois 3 semaines 2 jours» de Christian Mungiu en 2007. La permanence d’une grande vivacité artistique puisque cette année, trois films roumains se retrouvent en sélection officielle à Cannes, dont deux en compétition, les célèbres « Christi’s » de Bucarest, Puiu et Mungiu (respectivement pour «Sieranevada» et «Bacalauréat»). Mais intéressons-nous au petit nouveau, dont le film «Câini» (Dogs) est présenté à Un Certain Regard : Bogdan Mirica a un parcours inhabituel car il a travaillé dans la pub pendant sept ans avant de se former au scénario à l’Université de Westminster (Londres). De retour en Roumanie, il écrit des scénarios de longs métrages avant que HBO Europe lui commande une série criminelle sur les milieux mafieux de Bucarest, «Umbre», dont le réalisme noir fera parler d’elle.

En 2011, Bogdan Mirica avait réalisé son seul court métrage, «Bora-Bora», diffusé dans de nombreux festivals (Locarno, Thessalonique, prix du meilleur court européen à Premiers plans d’Angers). Accords de guitare à la Ry Cooder époque «Paris-Texas», paysages de campagne déserts, utilisation judicieuse du scope et laconisme des dialogues. Mirica rêve son film en western européen dès les premières images tout en le teintant d’un style décalé très personnel. Ion Ion, son personnage principal (patronyme bègue, tout comme cette île du Pacifique qui donne son titre au film) est un looser, pêcheur désargenté, mou comme une huitre, mené à la baguette par sa compagne. Il est amené à vendre une partie de sa terre et cultiver ce que son nouveau propriétaire attend de lui. Tout serait plutôt simple si le cannabis ne s’invitait pas alors dans cette histoire. Avec «Bora-Bora», Mirica tricote constamment les mailles de la tragédie et de la comédie. Difficile de savoir sur quel pied danser. On retrouve cette ironie et ce ton si particulier dans son premier long métrage, sélectionné à Cannes après avoir parcouru le grand chelem des labos de scénarios (Berlinale Talent Campus, Ateliers du Festival d’Angers, Torino Film Lab, Atelier de la Cinéfondation). Film de genre singulier, «Câini» (Dogs) fait se croiser les mafieux de «Umbre» et la Roumanie rurale de «Bora-Bora».

Le jeune cinéma roumain n’en finit pas de nous surprendre.

Bernard Payen