Annecy 2016

Michaël Dudok De Wit : Le passage du temps

A voir ce premier long métrage produit par les célèbres studios japonais Ghibli, on est une fois de plus saisi par une émotion durable, étrange, dûe certainement à la dimension métaphysique de cette histoire simple d’un homme échoué sur une île déserte, rencontrant une tortue rouge récalcitrante qui pourrait bien cacher une femme amoureuse avec qui faire sa vie.

Le synopsis tiendrait presque sur un coquillage, mais la beauté des décors, des dessins, de la musique, toujours aussi présente et essentielle chez le réalisateur, concourent ensemble à faire naître une mélancolie tenace.

Et qui dit mélancolie dit passage du temps, thématique essentielle chez le cinéaste d’animation nééerlandais. «Père et fille» racontait la séparation entre un père et sa fille qui grandissait à vue d’oeil sous nos yeux, attendant le retour d’un homme qu’elle avait vu partir dans son enfance. Les années défilaient en huit petites minutes pour évoquer ces décennies d’absence. Et paradoxe étrange, ça marchait. On était avec elle au plus intime, avec la douleur de son attente. «La Tortue rouge» reprend cette fuite du temps, les années qu’on ne voit pas passer, sur un territoire circonscrit (ce n’est plus seulement le bord de mer mais une île entière) mais cette fois-ci sur un format long métrage sans ennui manifeste.

La relation singulière entretenue la première demi-heure du film avec la tortue rouge peut rappeler les liens inattendus qui reliaient un moine et un petit poisson après lequel il courait : c’était le premier court à succès de Dudok de Wit, «Le Moine et le Poisson». Quand un personnage court après son désir et devient obsessionnel jusqu’à devenir une ombre voltigeante poursuivant ce qui semble être inatteignable… A la fin du court métrage, le moine semblait entamer une chorégraphie avec l’objet de ses rêves. On retrouve une variation sur ce corps à corps entre l’homme et « l’animal » dans «La Tortue rouge».

A relire les synopsis des films de Michaël Dudok de Wit, à se souvenir de ses images épurées, de la précision de ses cadres, de la beauté de ses couleurs, on se dit qu’on n’a pas vu ces films distillés avec parcimonie d’année en année, mais qu’on les a rêvés.

 

Voir un extrait de «Le Moine et le Poisson»

Voir un extrait de «Père et fille»

Bernard Payen