Clermont-Ferrand

Les chemins de l'amour

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Suivre un metteur en scène, c’est bien sûr déceler des récurrences, parfois cachées, de film en film. L’auteur qui nous occupe a fait La fémis et a choisi un terme étrange pour inaugurer son parcours de cinéma : "Les Ravissements", c’était le tout premier film d’Arthur Cahn à sortir du bois de l’école, et à connaitre une présentation cannoise, à la Cinéfondation. Le moyen métrage explorait les conséquences de la mort d’un jeune homme sur son entourage immédiat, notamment sa petite amie et son père. La mort n’est pas loin non plus dans "Au loin les dinosaures", présenté sur les écrans télé (Arte) et cinéma (festivals) l’an dernier. Une jeune adolescente vit quelque temps à la campagne, éloigné de son père qui se meurt. Elle rencontre Lou, un garçon solitaire et amoureux d’un garçon de fiction. Ce qui frappe en premier lieu, c’est la solitude des deux personnages. Elle n’est jamais caricaturale, juste sensible, lancinante. Elle s’exprime dans leurs regards, leurs hésitations. A deux, dans ce coin de campagne isolé, ils vont trouver une forme d’amour. A l’instar de deux petits dinosaures qui se frotteraient pour attraper des raisons de se rassurer, de trouver son chemin dans le monde. Quand j’étais petit, c’est un peu bête mais je me disais qu’on était tous des dinosaures endormis. Et qu’on faisait tous un rêve. Et ce rêve c’était ça, la vie, l’humanité dira Lou à Aurore, dans un de leurs premiers dialogues.


Dans son dernier film, "Herculanum", les deux jeunes hommes qui se rencontrent pour la première fois promènent aussi une forme de solitude, l’un sans amour connu, l’autre, en couple, allant voir ailleurs. Et pourtant petit à petit, là aussi, derrière leurs rendez-vous, leurs discussions alimentant le désir (Arthur Cahn est aussi un cinéaste du verbe), se met en place une ébauche de programme amoureux. Jusqu’au magnifique dialogue final tournant autour d’un voyage que l’un ne fera jamais en Italie à Pompéi, site touristique que son partenaire connait bien pour y avoir été guide. Et si le Vésuve les ensevelissait maintenant, alors qu’ils viennent de faire l’amour pour la troisième fois de leur vie? Leur donnerait-on un nom, comme on le fait aux couples gisants retrouvés endormis à "Herculanum"? Arthur Cahn poursuit ici un bouleversant éloge de la tendresse et du sentiment romantique. Le couple d’un soir peut aussi être le couple d’une éternité. Ainsi, comme dans "Au loin les dinosaures", se met en place à travers chaque film l’idée d’une quête de l’amour, qui loin d’être totalement impossible, peut trouver sa concrétisation. On n’oublie pas de sitôt les personnages des films d’Arthur Cahn, on s’attache à eux, on se demande toujours ce qu’ils vont devenir. Ils incarnent eux-mêmes à leur manière des formes de ravissement.

Bernard Payen

"Au loin les dinosaures" est disponible sur la boutique VOD d'ARTE
Notre interview d'Arthur Cahn est visible ici