annecy 2016

L'Art du conte

"Way of Giants" - "Caminho dos Gigantes" - trailer from SINLOGO Animation on Vimeo.

C’est tout d’abord le grand Georges Schwizgebel, figure du cinéma d’animation suisse, qui nous présente sa dernière création, «Le Roi des Aulnes», cinq minutes automnales, hypnotiques, circulaires, hanté par les musiques de Liszt et Schubert, autour du poème de Goethe, racontant la chevauchée d’un père emmenant son fils dans une forêt, au cours de laquelle ce dernier, malade, pense voir une étrange créature. Voici la bande-annonce.

Autre réalisateur attendu dans le petit monde de l’animation, Koji Yamamura, lui, donne sa version du ballet «Parade» composé par Erik Satie, avec le concours de Jean Cocteau et de Pablo Picasso à la fin des années 1910. Par son chapitrage, ses personnages surprenants (de l’hippocampe aux acrobates colorés), le mélange des techniques d’animation (dessin et 2D), le réalisateur japonais crée à sa manière son propre rideau de scène cinématographique, vif et mouvant, poétique, traversé bien évidemment tout le long par la musique de Satie interprétée par le néérlandais Willem Breuker.

Dans «Accidents, Blunders and Calamities», le néo zélandais James Cunningham reprend un classique de l’illustrateur américain Edward Gorey : un oppossum raconte à sa progéniture comment l’homme s’est ingénié à tuer les animaux, de l’abeille à la gerboise, de la mygale au bourdon. Les saynètes brèves et assez drôles s’enchainent bien jusqu’à une fin totalement prévisible qui fait de ce court récipiendaire aux légendes un presque ordinaire…film à chute.

«Celui qui a deux âmes», le court d’animation de Fabrice Luang-Vija, raconte l’indétermination sexuelle d’un jeune esquimau. Le film est « conté » par celle qui l’a co-écrit, Néfissa Bénouniche. Ou comment la couture et la chasse réunis au quotidien organisent la paix des ménages ! Vous pouvez toujours revoir le film ici et l'interview de la conteuse là.

Mais le conte le plus vibrant de ce programme reste «Caminho dos gigantes» du Brésilien Alois di Leo. On attendait depuis très longtemps le nouveau film du réalisateur de «The Boy Who Wanted to Be A Lion», fondateur du studio SINLOGO à São Paulo. A travers le regard d’une petite fille indigène, Alois met en scène le rapport filial, l’importance des arbres, le frémissement d’une jungle. Une flûte taillée dans une branche devient le sésame du cycle de la vie, au milieu de ces géants mi hommes-mi arbres. La puissance poétique du jeune réalisateur brésilien est intacte, et il nous reste à patienter jusqu’au long métrage qu’il a en préparation.

Ce premier programme prenait aussi à rebrousse-poil toute tentative de mythe ou de récit ample pour nous faire entrer dans le quotidien, celui d’un adulte, qui se souvient que sa mère le battait quand il était enfant avec une spatule ou une cuillère («Spoon» de Markus Kempken), celui de mères  à nouveau enceintes, se morfondant dans l’ennui terrible d’un pré-accouchement imminent sous les yeux d’un chat lécheur! («Moms on Fire» de Joanna Rytel), ou enfin celui du «Journal Animé» de Donato Sansone, animant avec malice et acuité les photographies du quotidien Libération entre septembre et novembre 2015.

Bernard Payen