Cannes 2016

Fantastique Recife

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Portrait sensible et vibrant d’une douce combattante incarnée par Sonia Braga (formidable comédienne brésilienne qui signe ici un retour flamboyant), «Aquarius», est aussi sans cesse travaillé par la question du temps et de la modernité. Si pour beaucoup de spectateurs, Kleber Mendonça Filho s’est fait connaitre avec «Les Bruits de Recife», son premier long métrage, sorti en France en février 2014, il était déjà l’auteur de nombreux courts métrages, dont «Vinil Verde», présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2005. Adapté d’un conte russe, ce court métrage de 16 minutes centré sur la relation d’une mère et de sa fille était ostensiblement fantastique, beaucoup plus que ne le seront ses longs métrages, même si le décalage ou l’insolite y ont toujours été présents de manière sous-jacente.

Poussée par sa curiosité, la fillette écoute régulièrement un mystérieux vinyl vert malgré les mises en garde de sa mère. Celle-ci va pâtir physiquement de cette désobéissance. Pour ce film, Kleber privilégie une forme très spécifique, en images fixes (on peut penser bien évidemment à «La Jetée» de Chris Marker), mais animées de surimpressions ou de zooms dans l’image, portée par une voix off et des sons très présents, sans oublier la musique et cette chanson récurrente, «Luvas verdes», composition originale. La ville de Recife, hormis un plan extérieur, est réléguée hors-champ, excepté quelques plans furtifs, contrairement à un autre court métrage qui fera la renommée de Kleber Mendonça Filho en festivals, «Recife frio» (2009) qui imagine une catastrophe climatique refroidissant cette ville tropicale du Nord du Brésil.

 

Au Festival de Cannes, cette année, on retrouve la ville de Recife dans un beau court métrage sélectionné à la Semaine de la critique : «O Delirio é a redençao dos aflitos» (Delusion is redemption to those in distress), premier film de Fellipe Fernandes, produit par Dora Amorim, par ailleurs directrice de production de «Aquarius». Les points communs entre les deux films ne s’arrêtent pas là puisqu’on y questionne les modifications urbaines de la ville de Recife en proie aux promoteurs immobiliers. Dans les deux films, une femme doit quitter son logement. Pour la jeune vendeuse en grande surface, de «O Delirio…», le déménagement doit avoir lieu bientôt, sa maison menaçant de s’effondrer. Au coeur de la toile de fond sociale, s’insinue un fantastique discret arrivant la nuit tombée, peu avant Noël, finissant par recentrer le film sur la relation de la jeune femme avec sa fille.

Après sa présentation à Cannes, le film est en visionnage sur le site de Festivalscope et projeté le dimanche 05 juin 2016 à la Cinémathèque française.

 

Bernard Payen