DÉRISOIRE

Être ou ne plus être Orson Welles

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DÉRISOIRE - Être ou ne plus être Orson Welles : Frozen Peas
DÉRISOIRE - Être ou ne plus être Orson Welles : Frozen Peas L’ascension d’Orson Welles fut précoce et fulgurante. Sa chute fut longue et vertigineuse. DÉRISOIRE - Être ou ne plus être Orson Welles : Frozen Peas

Après avoir joué Othello et Citizen Kane, Welles prête sa voix pour des pubs de surgelés ou de photocopieurs pour financer ses films.


 

Ma vie :  98%  de  prostitution  et  2%  de  cinéma. 

La  formule  est  lapidaire,  excessive peut-­être.  Elle  est  avant  tout  celle  d’un  d’homme  désabusé.  Welles  a  consacré  les  quinze dernières  années  de  sa  vie  à  courtiser  les  producteurs,  en  vain.  Il  est  un  génie  du  cinéma dont  on  célèbre  toujours  les  succès  de  jeunesse  par  des  prix  honorifiques  mais  que  la profession  refuse de financer. Artiste exceptionnellement prolifique, il n’a pourtant achevé que  deux  films entre la  fin des  années 60 et sa  mort, en 1985 :  Vérités et Mensonges et le documentaire Filming Othello. Don Quichotte, Le Marchand de Venise, The Other Side of the Wind…  la  liste  des  projets  inachevés  est  si  longue  qu’elle  est  unique  dans  l’histoire  du cinéma.  

Le dernier rôle de la vie d’Orson Welles est tragique comme celle d’un héros shakespearien. Dès le début des années soixante-­dix, il est contraint de se « prostituer », comme il dit, pour financer ses films lui-­même. Il prête son image à une série de publicités et devient l’homme-­sandwich  d’une  dizaine  de  marques,  plus  ou  moins  prestigieuses.  Lui  qui  a  révolutionné  le cinéma se retrouve à vanter les mérites d’un appareil photo bon marché. Lui qui fut Charles Foster Kane, Othello, fait la réclame pour une photocopieuse ou des poissons panés. Lui qui fit  succomber  Rita  Hayworth  à  l’écran  dans  La  Dame  de  Shanghai  et  l’épousa  dans  la  vie, vante  la  qualité  de  breuvages  alcoolisés  de  tout  genre.  Ironie  du  sort,  il  est  la  plupart  du temps  passablement  éméché  lors  des  enregistrements, comme en témoignent  les  making-­of.  

En 1970, alors qu’il fait la réclame pour des surgelés Findus, le monstre shakespearien explose. Sur les rushes de l’enregistrement, Orson Welles, narrateur de génie, peine à déclamer un texte inepte sur la récolte des petits pois. Irascible, Welles quitte le studio dans un élan d’aigreur, un aveu d’échec. Des Monty Python en 1980 à Will Ferrell en 2014, les parodies de cette sortie pathétique se sont multipliées. « Frozen Peas » est devenu l’un des mèmes les plus célèbres.

Ultime cabotinage ? Un an avant de mourir, Orson Welles enregistre son premier 45 tours. Il a  soixante-­neuf  ans.  Avec  les  voix  des  choristes  de  Ray  Charles  et  une  orchestration  de violons à la limite du sirupeux, la chanson s’intitule « I Know What It Is To Be Young (But You Don't  Know  What  It  Is  To  Be  Old) ».  Et  Orson  Welles  s’y  fait  crooner  de  la  vieillesse nostalgique en chantant : « Le temps file, fin de l’histoire… »

DÉRISOIRE - Être ou ne plus être Orson Welles : What it is to be young

1984 : Orson Welles enregistre le 45 tours, « I Know What It Is To Be Young » avec les choristes de Ray Charles


Projet écrit et conçu par: France Swimberge, Samuel Pott et Antoine Silvestri

Produit par:  Fanny Glissant

Illustrations : Antoine Silvestri

Graphistes : Germain Bréchot, Charlotte Baker, Ludovic Le Guyader, Claire Perrier-Imhoff-Boué

Illustratrice sonore : Marie Guérin

Production : Compagnie des Phares et Balises © Compagnie des Phares et Balises – Arte France - 2015
Crédits vidéo Frozen Peas : © Tous droits réservés
Crédits vidéo « I know what it is to be young »: © Tous droits réservés