Clermont-Ferrand

Etrange "Dirty South"

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"Dirty South" pose immédiatement la question du rapport des personnages (mais aussi des spectateurs) à un lieu. En l’occurrence un territoire rendu énigmatique par le rapprochement incongru qu’il fait entre des champs, des terres agricoles, où le maïs se cultive au gré du vent et du soleil, et une tour de béton longiligne et solitaire qui ne déparerait pas dans n’importe quelle cité proche d’une grande ville. C’est là qu’emménagent Violette et Isa après le décès de leur père. Leur mère est avec eux, mais on ne la verra pratiquement pas.

Le récit s’intéresse plutôt aux deux jeunes filles qui tentent de calmer leurs premiers émois sexuels, la première en faisant la connaissance d’un adolescent émotif, la deuxième en passant à la vitesse supérieure auprès de garçons excités. Si l’on prend la ligne narrative de ce "Dirty South" imaginaire et intemporel, rien de nouveau. On retrouve des motifs familiers, de la timidité des gestes adolescents au scooter emblème de liberté pour s’extraire d’un endroit paumé. Mais ce lieu mystérieux que l’on découvre dès le début du film va engendrer une mise en scène particulière où chaque cadre, chaque lumière (signée par l’excellent Julien Guillery) implique une étrangeté douce. Le film pratique avec élégance l’éloge de la rupture. On ne sait jamais quel plan va entraîner l’autre.

"Dirty South" terminé, il reste en nous par la force de ses images - de deux visages adolescents en transparence derrière un aquarium et d’une poignée de sperme, des pieds sales d’un jeune homme faisant l’amour, d’une jeune femme sur un scooter à la nuit tombée filant au milieu des champs vers son immeuble de béton, de vêtements s’envolant dans la nuit - cette poésie organique et graphique qui fait sa singularité.

Bernard Payen