Clermont-Ferrand

Des serpents dans la famille

Quand le fait divers devient une légende urbaine. La problématique est posée. Une vieille femme est retrouvée morte dans son jardin infesté de vipères et sa fille est partie rapidement de la maison. Mais pourquoi donc? Dans ce petit village du Nord-Est du Portugal, les histoires étranges sont tenaces quand le mystère n’est pas éclairci. "Campo de Viboras" est un film de nuit, autant noyé de pluie que poursuivi par la lumière des feux. Il mêle le fantastique des apparitions et la réalité des familles éloignées qui se décomposent avant de se recomposer, oppose le troisième âge à la jeunesse des enfants, et dresse le portrait de Lurdes, une femme que l’on soupçonne d’être sorcière, ou mauvaise fille.

Mais ne serait-elle pas tout simplement une femme libre, entre deux cultures, deux pays, volontairement insaisissable ? Plus le spectateur avance dans le film, moins il la comprend, elle qui apparaissait pourtant les pieds sur terre, dans des affaires concrètes, quotidiennes, au début du film (nourrir les cochons, aller en ville, etc).  Apparitions étranges, l’homme à tête de loup, ou le tableau représentant un visage de sorcière avec un poignard dressé entre les deux yeux encadré de serpents, vont accroître le sentiment d’une réalité qui échappe, qui fuit au moment où on semble la saisir.

En compétition officielle au Festival de Clermont-Ferrand, "Campo de Viboras" préfigure un projet de long métrage que la cinéaste a commencé à préparer dans plusieurs laboratoires de création (Next Step, emergence…) et qui nous fera replonger dans un univers entre réalité et croyances imaginaires.

Bernard Payen