cannes 2016

Damien Ounouri, nouvelle vague

«Chedda» raconte le parcours d’une jeune femme algérienne au sein d’une famille conservatrice, en rupture avec le poids des traditions. «Kindil El Bahr», moyen métrage présenté cette année à la quinzaine des réalisateurs, dresse le portrait d’une autre femme, Nfissa, une femme libre, mère de deux enfants, une femme amoureuse. Un jour sur une plage, alors qu’elle se baigne seule, Nfissa paie le prix de cette liberté. Elle est lynchée par un groupe d’hommes. La scène est dure, terrible, construite sur une tension sans limites. Nfissa est littéralement entourée par ces hommes menaçants et agressifs. L’issue ne peut être que tragique. C’est à ce moment que le film bascule. Alors que Damien Ounouri pourrait opter pour une solution plus réaliste (le mari partant à la recherche des assassins de sa femme), il choisit une direction narrative et formelle plus inattendue, prenant un virage fantastique et très étrange. On ne révélera pas tout mais la mer devient le théâtre fantomatique d’une vengeance libératrice (électrique!) et l’expression d’une passion amoureuse interrompue. Original et haletant,«Kindil El Bahr» est porté aussi par l’interprétation maîtrisée de la comédienne (également coscénariste et coproductrice du film) Adila Bendimerad.

A voir au cours des prochains mois dans Court-Circuit.

Bernard Payen