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Au cœur des ténèbres

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REBELLE - Au cœur des ténèbres : Voodoo Macbeth
REBELLE - Au cœur des ténèbres : Voodoo Macbeth Humaniste et radical, Orson Welles a fait de ses convictions politiques une croisade. REBELLE - Au cœur des ténèbres : Voodoo Macbeth

 

1936 : Orson Welles monte Voodoo Macbeth au Lafayette Theater de Harlem. Il rassemble un casting composé uniquement d'acteurs noirs.


New York, 14 avril 1936. Le quartier autour du Lafayette Theatre de Harlem est bouclé. A l’affiche : Voodoo Macbeth. La première pièce de Shakespeare jouée par des acteurs noirs et uniquement des acteurs noirs, selon la volonté du jeune metteur en scène Orson Welles. Une révolution !

A l’époque, Welles est déjà une voix de radio prisée, celle des stations CBS et NBC. Il raconte qu’entre deux enregistrements quotidiens à Manhattan, il sautait dans une ambulance qui le conduisait à Harlem pour répéter son ambitieux projet. Pour sa première mise en scène en tant que professionnel, Welles se permet toutes les audaces. Il transpose la tragédie de Shakespeare en Haïti. Dans un décor de jungle caribéenne, au son des tambours et chants des rituels vaudous, les sorcières de Shakespeare sont devenues des prêtresses.  

Pari réussi, le soir de la première la salle est « au comble de l’excitation ! », écrit le New York Times. La pièce se jouera dix semaines à guichets fermés. A vingt ans, Orson Welles signe son premier coup d’éclat.  

Les critiques sur Voodoo Macbeth sont unanimes. A quelques exceptions près, dont celle de Percy Hammond du New York Herald Tribune. Quelques jours après avoir égratigné la pièce, le critique succombe à une pneumonie. Orson Welles exploite cette coïncidence. Inlassable orfèvre de sa propre légende, il confère à ce fait divers un aspect mystique.

REBELLE - Au cœur des ténèbres : Sketchbook

Welles donne une interview à la BBC. Il se souvient d’un critique qui avait fustigé la pièce Voodoo Macbeth le soir de la première.


En 1937, Orson Welles décide de créer sa propre compagnie, The Mercury Theatre. Publiée dans le New York Times, la «Déclaration de principes» stipule  que  la  compagnie  interprétera une  sélection  de classiques « pertinents en vue du contexte politique actuel ». A commencer par le Jules César de Shakespeare. Nouveau coup de maître. Welles fait de son adaptation une dénonciation de la montée du nazisme et du fascisme. Le plateau sombre comme la peste brune est parcouru d’une rangée de jais de lumière crue, inspirée de la “cathédrale de lumière” installée par le Reich lors des congrès annuels de Nuremberg. Les acteurs portent des chemises noires et de longs manteaux. Le salut nazi accompagne l’Ave César. Dans ce Jules César au réalisme volontairement proche des images d’actualités de l’époque, Orson Welles est Brutus, l’assassin de César. Le monologue final sonne comme un appel à la résistance.

 

REBELLE - Au cœur des ténèbres : Jules César

En 1937, pour dénoncer la montée des extrêmes en Europe, Welles adapte Jules César au théâtre dans une mise en scène contemporaine.


ORSON WELLES, AUTOPSIE D'UNE LÉGENDE //WEB (12)

Saluts nazis et chemises brunes, Welles puise dans l'esthétique fasciste et nazie pour la mise en scène de son Jules César.


 

Radical,   Orson   Welles   l’est,   comme   sa   mère.   Beatrice   Ives   Welles, suffragette, activiste de gauche, est l’une des premières femmes élue dans le Wisconsin. Elevé dans le respect des valeurs progressistes, Orson Welles milite toute sa vie pour les défendre. Il est membre du Popular Front, un réseau  anticapitaliste,  anti-­impérialiste  et  antiraciste.  Individu  à  risques, Orson Welles est placé sous surveillance du FBI dès la sortie de Citizen Kane, en 1941. Pour J. Edgar Hoover, c’est un film pro-­communiste qui écorne, de façon  à  peine  voilée,  William  Randolph  Hearst,  ultra-­conservateur  et anticommuniste notoire. Signé de la main du patron du FBI, le rapport sur Welles recense son affiliation à une vingtaine d’organisations « à caractère communiste » et juge considérable le nombre de ses activités subversives. Comme   Brecht   ou   Chaplin,   Welles   figurera   sur   la   liste   noire   du maccarthysme.

Dès la sortie de Citizen Kane, J. Edgar Hoover met Welles sous surveillance. Le patron du FBI monte un dossier à charge de 200 pages.


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Projet écrit et conçu par: France Swimberge, Samuel Pott et Antoine Silvestri
Produit par:  Fanny Glissant

Illustrations : Antoine Silvestri
Graphistes : Germain Bréchot, Charlotte Baker, Ludovic Le Guyader, Claire Perrier-Imhoff-Boué
Illustratrice sonore : Marie Guérin
Production : Compagnie des Phares et Balises
© Compagnie des Phares et Balises – Arte France - 2015

Crédits vidéo Voodoo Macbeth : Critical Past
Crédits vidéo – BBC Sketchbook: « BBC Motion Gallery/Getty Images »
Crédits vidéo - Jules César: © Tous droits réservés
Crédits vidéo extrait « Orson Welles, autopsie d’une légende » : « Orson Welles, autopsie d’une légende », Elisabeth Kapnist © Compagnie des Phares et Balises – Arte France - 2015
Crédits documents FBI : FBI Records